CRITOC

Plate-forme d'échanges et de retours de spectateurs d'ARTS DE RUE (festivals Eclat d'Aurillac, Chalon dans la rue, etc.)


    CHALON DANS LA RUE 2015

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    Marble
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    Messages : 8
    Date d'inscription : 28/07/2015

    CHALON DANS LA RUE 2015

    Message par Marble le Mar 28 Juil - 13:34

    En ce qui me concerne, pour la première fois en quatre ans, il m’a fallu pas mal de temps pour rentrer dans le festival… Il faut dire que l’entrée en matière du mercredi, qui n’était pas la plus emballante qu’on puisse imaginer (je précise que je ne suis pas allé revoir Català), n’aidait pas. Pourtant, la principale raison, c’est que j’ai enchaîné les expériences plus ou moins décevantes devant les travaux de compagnies que j’avais appréciées en d’autres temps, en d’autres lieux (N°8, Kiroul, Makadam Kanibal, Le Bus Rouge, La Débordante et même dans une certaine mesure Magma Perf Théâtre…). La grosse leçon de ce festival pour moi, c’est que les conseils les plus intéressants n'ont pas toujours été ceux de personnes qui travaillent dans le milieu, et que les plus belles surprises sont venues de compagnies dont j’ignorais tout la veille (même si souvent n'importe quel spectateur un peu expérimenté les connaît très bien).
    Pourtant, ces petites contingences personnelles tiennent peut-être aussi à un facteur objectif qui doit être rappelé et martelé sur tous les tons : la diminution significative du nombre de spectacles. J’ai entendu 25, j’ai entendu 60… pour en avoir le cœur net, je suis allé vérifier catalogues en main.  

    181 en 2012
    180 en 2013
    183 en 2014,
    …153 en 2015.


    A ceux qui y verront une confirmation que la rue gonfle les chiffres, on rappellera qu’il ne s’agit ici que des compagnies déclarées dans le catalogue, hors cours et sans compter le off du off.

    Vous en avez sans doute entendu parler, CDLR 2015 n’a pas été honoré par les élus d’une inauguration officielle, l’inauguration improvisée – mêlée à d’autres facteurs qui sont venus envenimer le débat – a donné lieu à des réactions assez hostiles de la part de la municipalité, et y’a pas besoin d’avoir fait maths sup maths spé pour se dire que ça sent le roussi.


    Globalement, Chalon s’est montré fidèle à sa réputation, avec une prog plutôt inégale côté IN, où les compagnies historiques n’ont pas toujours été à la hauteur de leur légende (voyez Ilotopie). Pour la deuxième fois en quatre ans de sélection officielle, les Quidams (dont je n’ai vu que des bribes) et Retouramont nous ont régalé d’un ragoût douteux. Je ne dirai rien de Mastoc, le seul spectacle du in dont je n’ai pas entendu parler une seule fois en quatre jours, et pour lequel il était de toute façon hors de question pour moi de renoncer à autre chose, après l’expérience affligeante de « Dis le moi ».

    Pour moi, les bonnes surprises du IN (en dehors de Pernette et Català, vus à Mulhouse la semaine dernière, et de Jordi Gali, vu à Chamarande) sont venues de Nue, des Grooms, et dans une moindre mesure de Thé à la Rue.

    Mais comme d’hab, à l’inverse de ce qui se passe à Aurillac, le OFF a fait la nique au IN de bien des façons, et les plus belles découvertes de ce côté-là s’appellent Les Décatalogués, GK Collective, Les Frères Jacquard, Raoul Lambert, ou encore Begat.

    Comme d’hab aussi, je suis reparti frustré de quelques envies, nommément celles d’aller apprécier par moi-même ce que j’ai entendu raconter (je les prends dans l’ordre alphabétique) de l’Autre, Belle Pagaille, la Boca Abierta, Branneti & Di Rienzo, CIA, les cirques Gones, Ozigno et Pardi !, Crac, Détournement d’elles, le Groupe Tonne, Helmut Von Karglass, Jonas Séradin (surtout…), Jordi Gali, (que j’aurais aimé revoir pour me faire une idée du temps gagné dans le montage), Komplex, Laitrum, Mmm…, Cocktail Party de N°8, O.C.U.S, Ratatouille, Réverbère, les Têtes d’Affiche, U-structurenouvelle ou encore Yi Fan… (Et je frémis à l’idée des perles probables dont je n’ai même pas entendu parler).

    Ce tour d’horizon ne serait pas complet sans mentionner les deux trois choses que je ne suis pas retourné voir malgré mon engouement, plus ou moins marqué selon le cas, de la dernière fois : le Grand Colossal Théâtre, Defracto, Maboul, Ahoui, De Benedetti, Zo Prod… Sans doute aussi faudrait-il que je retourne voir Random…

    Quant à toutes les propositions qui m’ont laissé rêveur, celles sur lesquelles j’ai projeté en surimpression autre chose, ce qu’elles deviendraient moyennant deux ou trois retouches… (c’est mon vice préféré), la suite de ce post devrait permettre de m’épandre bien assez.


    Maintenant, passons aux choses sérieuses.




    Spectacles vus cette année à Chalon (par ordre alphabétique des compagnies).

    Notice :

    a_figurent en italiques, suivies d'un astérisque, les noms des compagnies dont je connais un ou plusieurs membres (c'est-à-dire que j'ai déjà eu des échanges personnels avec les personnes en question en dehors du spectacle). Pour des raisons évidentes, il me paraît nécessaire de le mentionner lorsque je parle de leurs travaux.
    Mais bon, les intéressés savent d'expérience que je ne suis pas forcément plus tendre avec leurs productions qu'avec les autres.

    b_je ne travaille pas dans le milieu des arts de la rue (Thanks God, parce que ça a l'air assez féroce sur le plan humain), j'ai découvert Chalon et Aurillac il y a trois ans, avec les éditions 2012, mais j'ai été immédiatement captivé, et ma façon de procéder depuis a consisté à m'administrer des spectacles à hautes doses, histoire d'essayer de mieux comprendre les codes et apprécier les particularités du "genre".
    Donc je n'ai pas des masses de recul sur les arts de rue en général, il y a des tas de choses que je ne comprends pas faute de bouteille, mes billets sur les spectacles s'en ressentent sans aucun doute. Bon. Après deux ans à tripatouiller cette idée dans ma tête je me suis dit que ça n'était pas un crime pour autant de publier quelques impressions.
    > comme les pièces sont vivantes et évoluent, il est parfois utile de préciser quelle version on en a vu, aussi lorsque dans l'analyse d'une pièce, je parle d'une autre pièce, je précise entre parenthèses où et quand je l'ai vue (et pas, par exemple, où et quand la pièce en question a été créée).

    c_mon parti pris est de risquer une appréciation globale, plus ou moins favorable, forcément expéditive, de la compléter par quelques adjectifs qui permettent de mieux qualifier l'état dans lequel m'ont mis les spectacles, de compléter le tout, aussi souvent que possible (mais ça prend un peu de temps alors j'ai pas toujours le temps), par des remarques un peu plus substantielles.

    d_plus qu'ailleurs peut-être dans le spectacle vivant, on a gardé le sens de la surprise et on craint le spoiler. Surtout côté compagnies. Trottola, Thé à la Rue, GK, nombreux sont ceux qui, pour des raisons chaque fois un peu différentes, demandent aux spectateurs de ne pas trop en dire à ceux de leurs camarades qui sont encore vierges de l'expérience.
    Dans les billets qui suivent, il peut m'arriver de dévoiler certains éléments de certains spectacles plus que leurs auteurs ne le souhaiteraient (même si, c'est le paradoxe du système de prod actuel, il est généralement possible d'en apprendre encore beaucoup plus en se procurant les dossiers de prod en ligne). Si ça vous arrive, contactez moi, j'enlèverai le nécessaire.
    Inutile de préciser que cette clause ne concerne pas celles de mes appréciations qualitatives sur les spectacles qui ne relèvent pas de spoilers concernant leur contenu.

    Quoi d'autre... ah oui, mes phrases sont un peu indigestes parfois. Je suis coquet. Je me soigne. Mais c'est clair que quelqu'un qui chercherait quelque chose à enfoncer n'aurait qu'à se servir. Alors disons que j'essaie de varier pour rester à peu près lisible sans être carrément plat.


    100 ISSUES                           SONATE POUR 4 CHIENS
    À voir.

    AKALMIE CELSIUS                   C'EST DE L'AUTRE CÔTE
    Vraiment pas terrible.

    La BARAQUE AUX ZHEROS         MANDRIN
    Pourquoi pas...

    Les BARBARINS FOURCHUS        LE QUASI QUATUOR
    Pourquoi pas...

    BEGAT THEATER                     LA DISPARITION
    À voir, (vraiment) !

    Le BUS ROUGE                        LES ODES RURALES
    Plutôt moyen.

    CIRQUE ELECTRIQUE                STEAM
    Plutôt moyen.

    La DEBORDANTE*                      RASSEMBLEMENT
    Sentiment global : Un peu mitigé...

    Les DECATALOGUES                 LA METHODE URBAIN
    À voir, en priorité !

    Les DESSOUS DE BARBARA        CRAZY SAFARI

    Sentiment global : Un peu mitigé... Pas au point.

    Après Mets pas ça dans ta bouche, les Dessous de Barbara préparent un nouveau spectacle, pour l'instant moins bien rôdé, mais prometteur, qui met à nouveau quelques prouesses (jongle…) au service d'une narration comique. La distribution est, en l'état actuel des choses en tout cas, beaucoup moins équilibrée que dans l'opus précédent, l'un des trois comparses intervenant très peu, et on peut s'inquiéter de cette tournure de one-man show que prend parfois la pièce, non que le principal protagoniste soit mauvais, loin de là, mais parce que ce sont justement les interactions incessantes des trois collègues qui faisait de Mets pas ça une pièce aussi vitaminée et drôle.
    Pour l'heure, quelques accrocs et problèmes de rythme restent à résoudre. Le thème abordé n'est pas révolutionnaire (colonialisme, exploitation des animaux exotiques, si tant est qu'on puisse résumer ça comme ça sans être trop pédant), la bascule finale est attendue et la critique ne mange pas de pain, mais les Dessous, dont le talent n'est plus à prouver, parviennent à faire une proposition tous publics, participative, qui esquisse des pistes parfois originales. Affaire à suivre !

    La Cie du DEUXIEME                 CONTACT
    Pourquoi pas...

    EL NUCLEO                             SANS ARRÊT
    Vraiment pas terrible.

    Cie d'ELLES                            BE FELICE, HIPPODROME URBAIN
    À voir...

    Les FRERES JACQUARD             (SPECTACLE MUSICAL)
    À voir, (vraiment) !

    GK COLLECTIVE                       URGENCE

    Sentiment global : À voir, (vraiment) !

    Sorte d'entresort (un spectateur à la fois en espace clos), servi par un local de l'Abattoir qui s'y prêtait fort, et, dans la catégorie "le corps dans tous ses états", lui permettait de faire écho au remarquable In Secta (Femmes à Barbe, Chalon 2014), Urgences fut l'un des petits buzz de cette édition, et on comprend pourquoi une fois l'expérience faite. Car le mot expérience est sans doute le plus adapté pour décrire l'idée, simple mais originale (à ma connaissance, ce qui certes ne veut pas dire grand-chose), efficacement mise en œuvre, et suffisamment suggérée par la com disponible sur la pièce pour qu'on puisse se faire une idée correcte de ce à quoi s'attendre. Je respecterai donc la prière du collectif de garder le silence sur la trame concrète de la proposition.
    Reste à souligner le réalisme de l'accueil (dont j'ai mieux pris conscience lorsque je suis allé voir mon dentiste le lendemain matin rabbit ). Reste à saluer aussi la stupéfiante fulgurance fantastique, sertie par le collectif dans la « pièce », qui a rejoint l'hallucinante Rossinante du Blues de la Mancha (Cirque Hirsute, Chalon 2013) au rang des instantanés les plus marquants de ma brève carrière de festivalier. Reste à saluer, enfin, la façon dont la pièce prend, sans lourdeurs artistiques, toutes les précautions nécessaires pour encadrer ce que la proposition peut avoir de bouleversant pour un spectateur fragile. L'universalité de son contenu la rend susceptible de toucher des publics très divers. Seul regret : la façon moyennement convaincante, peut-être trop littérale, dont sont convoquées certaines des informations recueillies auprès du patient avant sa consultation. Il n'empêche, la réussite du traitement proposé devrait lui valoir d'être déclaré d'utilité publique.

    Le GRAND JETE                       TURN AROUND BOY
    Un peu mitigé...

    Les GROOMS                          RIGOLETTO
    À voir.

    La GROSSE SITUATION             VOYAGE EXTRAORDINAIRE
    À voir...

    HEY! LA CIE                            HEY LA CIE VS WINSOR MC CAY                           ciné-concert

    Sentiment global : À voir...                                                              
    Effet produit : émerveillé, amusé...

    Je ne connaissais de Mc Cay que quelques planches de Little Nemo avant d’assister à ce cinéconcert, qui sonorise certains de ses films d’animation à la façon dont on le faisait au temps du muet…
    Une bonne partie de l’émerveillement produit par ce spectacle l’a été chez moi par la découverte des films eux-mêmes. Et sans doute, ce n’est déjà pas rien de mettre ces perles sous nos yeux sur grand écran. Peut-être les personnes, assez nombreuses, qui ont quitté la salle pendant le spectacle, les connaissaient-elles déjà, et s’attendaient-elles à une révérence moins discrète ? Le titre du spectacle (VS !) pouvait sans doute générer ce genre d’attentes. Mais il m’a semblé que la réaction de cette partie du public tenait encore à autre chose : le travail sonore de la compagnie prend une place si modeste qu’il passe d’abord inaperçu, qu’il s’efface derrière l’objet qu’il met à l’honneur. Même au premier rang, on ne remarque pas forcément tout de suite les bruitages subtils de Yannick Unfricht. Le dispositif, qui oblige les artistes à regarder l’écran pour synchroniser leurs effets sonores, et supprime donc le face à face avec le public, accentue le phénomène. Phénomène assez paradoxal, dans un festival où un certain nombre de spectacles souffrent plutôt du problème inverse, d’un bombardement sonore immodéré dans lequel la dimension visuelle se trouve noyée (voyez par exemple cette année Cirque Electrique, la partie médiane des spectacles de 100 Issues et du Grand Jeté…).
    Outre le plaisir ressenti face au travail de Mc Cay, on ressort donc un peu frustré de la séance, avec le sentiment que le travail accompli par la Cie pourrait être mieux mis en valeur.

    (à compléter).

    La HURLANTE                         REGARDS EN BIAIS
    À voir...

    ILOTOPIE                              LA RECETTE DES CORPS PERDUS
    Pas terrible

    KIROUL                                     LA BLARBE BLEUE
    Vraiment pas terrible

    LEANDRE                               ICEBERG
    Plutôt moyen.

    LIBERTIVORE                         HÊTRE
    À voir.

    MAGMA PERFORMING THEÂTRE  ALCOOL, UN PETIT COIN DE PARADIS
    Un peu mitigé...

    MAKADAM KANIBAL                 ANATOMIK
    Pas terrible.

    Le DETACHEMENT INTERNATIONAL DU MUERTO COCO            LECTURES INTERNATIONALES
    Pourquoi pas...

    Le DETACHEMENT INTERNATIONAL DU MUERTO COCO            LECTURES SUPER-HEROïQUES
    Pourquoi pas...

    Le DETACHEMENT INTERNATIONAL DU MUERTO COCO            LECTURES SEXUELLES

    Sentiment global : À voir, en priorité !

    "Coup de cœur" inconditionnel de l'édition 2014 d'Aurillac, les Lectures sonores et électroniques du Détachement International du Muerto Coco ont souffert de leur visibilité restreinte dans la comm (les deux comparses étaient invité par le Cirque Electrique).
    Le principe est simple : huit épisodes thématiques, en entresort, consacrés à des poètes d'aujourd'hui (pour ne pas employer de gros mot), généralement vivants (mais certains ont eu l'idée déplacée de mourir un peu tôt), dont les textes sont déclamés à deux voix, mixés à quatre mains, assaisonnés de bruitages de jouets sonores (oui, un peu comme le truc en plastique qui fait Meuh Meuh Meuh Meuh que vous avez offert à votre neveu, juste avant que votre sœur arrête mystérieusement de vous adresser la parole).
    Des six lectures auxquelles j'ai assisté, les "Lectures sexuelles" remportent la palme, je n'ose pas dire "haut la main", car je garde également un souvenir ébloui des "animales".
    La réussite plus inégale des "super-héroïques", voire des "internationales", tient peut-être à ce que l'univers sonore et visuel (voyez la déco de la caravane) est un écrin qui sied mieux aux perles les plus comiques, et que tous les épisodes ne sont pas dosés pareil en la matière. Mais peut-être aussi que les deux Détachés n'ont pas pris la même liberté avec tous les textes ? Sans doute aussi qu'ils n'étaient pas au top de leur forme le jour où j'ai vu ces deux-là, car je me rappelle avoir été davantage emballé par les même "internationales" l'an dernier. Hypothèse vraisemblable, puisqu'on s'aperçoit en écoutant le disque d'extraits choisis (pas cher, mon frère),  que les lectures bougent un peu. Mais c'est peut-être ce qui leur permet aussi d'être parfois d'une incroyable immanence, alors on leur en veut tout de suite moins.
    Bref, si vous êtes sûr que vous n'aimez pas la poésie contemporaine, et que vous n'en avez jusque là pas retenu une phrase, allez jeter une oreille à ces deux petits génies. Ils parviennent à plus d'une reprise à exceller là où pèche un peu Winsor Mc Cay VS Hey la Cie (Chalon, 2015) : dans l'art de faire découvrir de grands bonshommes et bonnes femmes sans qu'un effroi religieux les rende trop scrupuleux pour être aussi efficaces que possibles. Mais vous me ferez remarquer qu'il existe un mot juste fait pour dire ça. Effectivement. Raphaëlle Bouvier et Maxime Potard sont tout simplement deux très bons interprètes, au sens le plus fort du terme. D'autant qu'ils ne vous laisseront pas sortir avant d'avoir mentionné Jacques Rebotier, Charles Pennequin, Annabelle Verhaeghe et les autres, auxquels ils donnent d'ailleurs de l'ouvrage puisque certains textes sont des commandes.
    On est tenté, je l'ai dit, lorsque nous rattrapent les démons diderotiens, de souhaiter parfois une synchronisation plus parfaite, une maîtrise plus impeccable (un peu comme dans Ouistiti Glace si vous voulez, mais en moins pire hein...^^). En même temps, tant de pièces sont si léchées qu'on devine leurs variations insensibles, qu'elles jouent les Horla, qu'on devine en surimpression à leur surface le fantôme des représentations passées et à venir... comme dans les contre la montre des bons joueurs de Mario Kart si vous voulez. Et c'est pas non plus toujours très agréable. Donc ça va, c'est cool, à vingt minutes la dose, on se dit que de toute façon, on en reprendra un autre jour... s'il reste de la place !
    Alors hourra pour ces deux là, et longue vie au Muerto Coco...

    MY!LAIKA                              POPCORN MACHINE
    À voir...

    Cie N°8                                 GARDEN PARTY

    Sentiment global : Un peu mitigé...

    Encouragé par les bons souvenirs que m'avaient laissé Donnez-nous votre argent et Francky O'Right (Ramonville, 2013), je me réjouissais pas mal en arrivant à Chalon de découvrir leur nouveau diptyque. Je suis sorti du premier volet suffisamment déçu pour me résoudre à ôter Cocktail Party de ma to-see-list.
    Evidemment, on s'amuse. Les mimiques de certains des acteurs sont bien ajustées. Mais la soi-disant critique de la bourgeoisie se résout à l'analyse en un défilé de clichés. La teneur sociologique de la pièce est à peu près nulle, sa portée (je veux dire, ce qu'elle est susceptible de produire de nouveau ou de déranger), inconsistante. Autrement dit, la drôlerie ne tient jamais à tel trait inaperçu qu'elle nous permettrait de remarquer. On chercherait en vain dans la pièce une valeur « mimétique », une forme de « réalisme ».
    Tout est parade pour la galerie dans l'existence sociale des « bourgeois », laquelle est vide de sens. (Davantage que le mot « bourgeois » ?). Les bourgeois boivent du champagne, vont à la chasse, jouent à colin-maillard, vont à l'opéra (… mangent de la merde ?), bref, jouent la comédie, composent avec le sourire et une bonne dose d'autosatisfaction un spectacle kitsch. Ils ne prennent pas même la peine de faire leurs crasses en cachette. Le message au service duquel la Cie N°8 met son énergie et ses talents reconnus, n'est pas franchement renversant d'originalité. C'est même plutôt pauvre.
    On répondra peut-être que le procès passe à côté de la pièce, burlesque et dénuée de prétention sociologique… Mais est-ce ce que laisse entendre la com produite autour de la pièce ? Au mieux, Garden Party suscite un rire consensuel, aux antipodes du moindre risque. Il y a, bien sûr, des échappées folles. Le remake de la bataille de Caerbannog est amusant. Celui des coprophages des 120 journées pourrait le devenir. Les chevaux et les cerfs de la partie de chasse sont plaisants, même si l'inversion des sexes est prévisible (tant le gender B. A. BA nous contraindrait à ressentir son absence comme une faute de goût). Point intéressant, mais piste insuffisamment défrichée, l'éclectisme culturel (Mozart et Disney) et une sorte de goût du remake et des scènes archétypales à travers la reprise desquelles est déchiffré le quotidien, mériteraient d'être mis en valeur par une juxtaposition plus abrupte des deux scènes.
    Bilan nuancé donc. Ma critique est sans doute un peu sévère, et l'aurait sans doute été moins si j'avais découvert N°8 avec ce spectacle. Elle est à la mesure de ma déception, eu égard au potentiel avéré des intéressés.

    Cie NUE / LISE CASSAZA          JE SUIS UN PUR PRODUIT DE CE SIECLE
    À voir, (vraiment) !

    OPUS                                   LA VEILLEE
    À voir !

    Collectif ORBE                        MURMURES URBAINS
    Un peu mitigé...

    OUISTITI GLACE*                     OUISTITI GLACE 2.5
    À voir...

    PUDDING THEÂTRE                  THEÂTRE DE L'EPOUVANTE
    Plutôt moyen.

    Cie RAOUL LAMBERT                TITRE DEFINITIF* (*TITRE PROVISOIRE)
    À voir !

    RETOURAMONT                       VOLUMINOSITE
    Pas terrible.

    ROUGE ELEA                           RONDE

    Sentiment global : À voir.

    Peu de spectacles de cette édition, en tout cas parmi ceux que j'ai vus, mettaient l'accent sur la corde sentimentale (peut-être pas la plus facile à faire vibrer de façon tant soit peu subtile en rue), et privilégiaient le mode lyrique. Ronde et Libertivore (Hêtre, Chalon 2015), qui se renvoyaient la balle sur le même spot, faisaient à cet égard figure d'exception. Ronde articule danse aérienne (deux interprètes féminines), son live (un guitariste), paroles tantôt live tantôt pré-enregistrées, et réussit à équilibrer de façon plus que passable ce mariage par toujours évident. Le thème est explicitement annoncé d'emblée : les frères et sœurs. De quoi trouver assez facilement des échos dans le public. Ce genre de thèmes, peut-être les plus casse-gueule, impose de trouver le juste degré de généralité. Il ne suffit pas de dire "on les déteste, et pourtant on les adore", et d'accompagner ça du témoignage de Machine, convoqué à titre de caution. A mon sens, Rouge Eléa est globalement parvenue à surmonter cette difficulté-là.
    Tout le monde, sans doute, n'est pas à l'abri de l'allergie aux voix off. Le texte est dans l'ensemble très semblable ici à ce qu'on trouvait chez un Rodrigo Pardo (Flat, Chalon, 2013), avec un tour moins statistique, une orientation temporelle peut-être davantage tournée sur les incertitudes de l'avenir que sur ce qui, dans notre vécu personnel, n'a pas été retenu. Personnellement, j'aime bien les questions sans réponse, et j'ai trouvé que celles qui étaient posées ici remuaient des peurs, des impuissances, des sourires, avec une louche bien calibrée. D'autres peut-être y verront un stratagème haïssable pour récolter à peu de frais les intérêts du trésor émotionnel de chacun ?
    Si les gros sabots des mots ne ruinent pas le parquet, c'est qu'ils s'enfoncent juste assez dans le terrain meuble à point composé par les interactions des deux danseuses. En clair : le rapport entre les corps et le paysage sonore sont assez bien gérés. Alchimie capitale, et trop rarement maîtrisée en rue. Les corps illustrent sans abuser des pesanteurs de l'allégorie. Mieux, ils donnent en pâture, rendent disponibles des compositions physiques, qui servent d'écran aux scènes suggérées par les mots, sans néanmoins s'imposer trivialement à la compréhension. En très clair : il est question de jumeaux dans le ventre de leur maman, et on nous montre deux filles recroquevillées en haut d'un lustre, qui en descendent ensuite en faisant pendre une corde. Corde, cordon, l'image fonctionne, et pourtant il me semble qu'elle peut très bien ne pas être lue ainsi, sans que la perde forcément du sens.
    Plus évidente, plus univoque sans doute, l'image de l'aïeule esseulée qui s'affaisse dans son fauteuil tandis qu'une jeune parente peut-être tourne sur elle-même enivrée, avant d'accourir à son chevet. Elle deviendrait facilement pénible, si les passages de la trame sonore susceptibles de lui faire écho retentissaient au même moment. Mais précisément il y a un décalage entre les moments discursifs et les moments chorégraphiques. Le brassin d'affects est passé à autre chose, et c'est ce qui préserve Ronde d'avoir l'air d'un exposé traduit pour être accessible aux sourds - ce qui d'ailleurs ne veut pas dire, je crois, que le pan visuel de la pièce n'aie pas l'autonomie nécessaire pour s'adresser sans sous-titres à un spectateur sourd.
    On n'est jamais dans le mime complet, on n'est jamais non plus en présence de gestes détachés de toute phrase chorégraphique affectivement signifiante. Et on (enfin moi) se dit que Ronde aide à distinguer ce qui ne fonctionne pas dans les contrepoints maladroits de Ce qui m'est dû (Aurillac 2014).
    [Billet en cours, à compléter].

    THE A LA RUE                         DEVÊTU(E)

    Sentiment global : À voir...

    Sans déshabiller la proposition, on pourra souligner à la fois la pertinence de sa démarche, et de certaines de ses déclinaisons concrètes, et son intendance médiocre.
    Axé sur le thème de la nudité et de l'intimité corporelle, organisé sous forme d'ateliers, l'espace Dévêtu(e) partage malheureusement avec les parcs d'attraction un défaut organisationnel : on passe une bonne partie de son temps à faire la queue, on « rate » la moitié, et on ressort en se demandant s'il était possible de s'y prendre assez bien pour « tout voir ». - Mais hé hé, me jubileront au nez in petto les leibniziens en herbe qui tenteront une Thé-odyssée, tu n'as pas vu que c'est justement là que réside l'adéquation de la forme et du contenu de Dévêtu(e) ?! Cette frustration est voulue, ou en tout cas, bienvenue ! Car, dirait Maurice, ton corps n'est pas un objet dont tu puisses faire le tour, que tu puisses embrasser d'un regard… il est bien plutôt composé d'une collection rhapsodique, épisodique, d'aperçus volés par les trous de serrure de l'intime…
    - Soit, répartirai-je, Maurice, tu me tiens.
    Je reconnais que, aimant jouir des objets spectaculaires dans leur complétude, et tout ça et tout ça, mon exaspération de client lésé est en partie liée à des questions d'habitudes et de tempérament. Et justement, le sujet impose un « reste » impossible à consommer. Cette nécessité de mettre les voiles sans en avoir fini ne fait-elle pas, d'ailleurs, joliment écho à la fin d'un des ateliers proposés ? Super les gars. Était-il pour autant indispensable, souhaitable et voulu que, le public rentrant par groupes de quinze ou vingt, les derniers venus manquent l'essentiel du topo introductif (brièvement résumé pour eux à leur arrivée, et dont je reparlerai) ? On ne m'ôtera pas de l'idée que la pièce est mal minutée, et que le public pourrait être convoqué de manière plus progressive pour y remédier.
    Et puis à ce compte là, tant qu'à faire de contingences subies vertu, pourquoi ne pas mettre au compte de la Cie la météo de ce vendredi, qui en faisant alterner cagnard et début de drache permit (grâce au choix judicieux de ne pas protéger l'espace contre les intempéries) à chacun de (re)prendre conscience de la fragilité d'un corps nu (ou plutôt en robe de chambre, c'est vrai), exposé aux éléments… ?
    La force de Dévêtu(e) consiste clairement dans les expériences élémentaires mais efficientes, d'exposition à/de nos nudités. Sans brusquer gratuitement le quidam, Thé à la rue parvient le plus souvent à faire de bons choix de « curseur », à réussir les dosages et les seuils de ses tranches de nu. C'est donc surtout la dimension « autonome » du dispositif qui fonctionne bien. Mais leur articulation, et ce qu'il faut bien appeler la « gestion public » laisse un peu à désirer : certains ateliers, d'abord pris d'assaut, cessent ensuite de fonctionner parce que leur fonctionnement même nécessite que plusieurs spectateurs les visitent à la fois, et fait que la concertation est difficile. Voilà un problème concret, qui visiblement n'a pas été (suffisamment) anticipé. Les documents sonores et visuels pourraient peut-être être implantés de façon à meubler plus adroitement les temps d'attente, si leur répartition était plus compatible avec cette vieille préoccupation que le marathonien des rues partage avec le client de supermarché : camper dans la file pour y gagner sa place, dusse-t-il à l'occasion léser ses petits camarades. Certes encore une fois, il serait dommage qu'une intendance trop impeccable élimine complètement la curiosité impatiente du spectateur…
    Si l'expérience vaut assurément le coup, et s'avère assez judicieusement mesurée, un bon vieux repère avec les durées en abscisse et la jauge en ordonnée permettrait sans doute de mieux organiser la chronologie de son déroulement, et les allées et venues du cheptel dépoilé.
    Reste que, de façon générale, le jeu et le texte des interprètes extérieurs ne sont pas particulièrement éblouissants. La petite conférence pseudo-universitaire du début souffre cruellement de la comparaison avec des exemples du genre comme La Méthode Urbain (Les Décatalogués, Chalon, 2015) – dans ce que les deux exercices ont de comparable, s'entend. Les données dispensées étaient dispensables, et ne sont en tout cas pas mises en forme de façon assez élaborée pour apporter quelque chose à l'ensemble. Elles font double emploi avec certains documents audio, l'atelier fonctionne tout aussi bien sans elles, et la "partie pratique" en dit plus long. Ce petit discours a les airs étranges d'un échafaudage qu'on aurait cru bon de laisser accolé à l'édifice achevé.
    En dépit de ces réserves, dans l'ensemble, on peut saluer dans Dévêtu(e) l'une des quelques propositions du IN de cette année qui tenaient tant soit peu la route.

    THEÂTRE GROUP'                     COMIQUE ?...
    À voir.

    TRANSE EXPRESS                    MÙ - CINEMATIQUE DES FLUIDES
    Un peu mitigé...

      La date/heure actuelle est Jeu 29 Juin - 10:54